Nier : une protection (trop) facile

samedi 02 février 2008 +

Une idée me hante, depuis la lecture du livre Homme d’affaires malgré moi d’Yvon Chouinard, cette réflexion à propos de l’immobilisme défensif adopté par beaucoup de gens, par la formulation d’un déni, me paraît “too much”. C’est-à-dire que la réaction des gens me paraît tellement prévisible, idiote et négative face à une question qui concerne leur propre bien-être, une question de bon sens.

Yvon explique et met en évidence dans un chapitre entier, la responsabilité sociale des entreprises, et donc leur pérennité à long terme, et les mécanismes défensifs humains pour ne pas agir en faveur de problématiques complexes telles la sauvegarde de l’environnement.

Et dans le fond, qu’est-ce que l’action ?

J’ai donc eu un grand plaisir à lire des préceptes que j‘étais en train de mettre en place instinctivement (je reparlerai très prochainement).

Le mécanisme facile du déni face à une problématique complexe de grande échelle

Ce qu’Yvon Chouinard expose très simplement c’est qu’il existe trop souvent deux réactions standards face aux problèmes écologiques que nous vivons.

  1. le problème n’existe pas, il n’y a pas de preuves concrètes, il n’y a pas lieu de s’alarmer ;
  2. le problème existe, mais il faut rester confiant on trouvera bientôt une solution.

Examinons ces deux propositions avant de voir si une alternative, une troisième voie existe.

La négation par la déstabilisation

Par la première réaction, c’est un monde réactionnaire et grabataire qui ne trouve qu’une réponse standard pour protéger ses intérêts à court terme et ne pas se remettre en question. L’homme en général déteste changer ses habitudes surtout lorsque celle-ci apporte confort matériel. Cette réaction est vraiment étonnante, car à bien examiner la situation de plus près, à miser sur le long terme et le respect de nos ressources, il y a fort à parier qu’il y aura de plus grands dividendes, de plus grandes richesses à en tirer.

L’homme segmente chaque situation et ne voit (ne veut voir) aucun lien entre l’environnement, sa dégradation et les problèmes grandissants des soins de santé et l’impact de leurs couts exorbitants sur la société. Mais ceux-ci sont à charge de la collectivité et les plus nantis ne se soucient guère de ces couts qu’ils peuvent assumer pensent-ils. Les soins de santé sont bien meilleurs dans les cliniques privées, il faut donc des avoirs en quantité, pensée qui ne fait qu’alimenter le débat en leur faveur et en la justification du bien fondé des activités humaines sur l’environnement. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs c’est bien connu.

Et puis il est tellement plus facile de jeter le doute pour figer sur place l’intervenant quant à la légitimité de son action de sensibilisation, d‘éveil.

  • êtes-vous un scientifique à même d’apporter des preuves ?
  • êtes-vous, tout au moins, un spécialiste ?
  • avez-vous conscience du surcoût que cela va entrainer ?
  • au nom du progrès vous tenez donc à nous faire retourner à l‘époque de la préhistoire… ce n’est pas réaliste !

Bref, des arguments faciles pour ne rien faire, pour mener un début d’action à un enlisement jusqu‘à l’abandon, afin de protéger la pérennité des systèmes actuels qui apportent les avoirs.

La négation par l’optimisme et le transfert de responsabilité à autrui

Par la seconde réaction, c’est plutôt un monde qui n’aime pas trop se soucier de questions existentielles, qui évite simplement les remises en questions car génératrices de dépenses d‘énergie et de tracas inutiles. Donc, la conséquence logique de cette réaction passe par un optimisme bien réel, mais aussi par un abandon des responsabilités personnelles au profit d’un “on” impersonnel, global et collectif à travers d’un lieu commun, d’une situation que tout le monde (comprenez : de normalement constitué) connait et dont on partage la même opinion tout naturellement (comprenez : c’est du bon sens).

J’imagine qu’en tant qu‘être humain, appartenant à un groupe social, ayant une place au sens où l’entend Maslow, vous ne voudriez ni vous avouer à vous-même et encore moins publiquement, ne pas être normalement constitué et nier le bon sens collectif ?

Il y a pour moi dans cette seconde réaction un effet plus pervers encore, car il joue avec les codes sociaux d’appartenance et utilise un procédé que je qualifie de manipulatoire, car fort utilisé par les manipulateurs pour parvenir à leurs fins : on joue sur la culpabilité potentielle face à un rejet, une exclusion d’un groupe social. Ce que personne ne veut.

Illusion de la pensée unique !

C’est en effet tellement plus simple d’affirmer que quelqu’un de compétent et qualifié aura un jour la force et l’intelligence de trouver une solution à nos problèmes.

Que de conditionnels hypothétiques (et pathétiques) avant la moindre action, attendons l’envoyé de Dieu, le Messie ! Et s’il ne vient pas, ce sera une punition divine bien méritée.

Je choisis d’agir à mon échelle

Yvon Chouinard explique une des manières qui lui semblent les plus efficaces pour progresser et ne pas, au mieux, laisser une situation faire du sur place.

Think globally, act locally !

Par cette pensée, je trouve le réconfort alors que je traverse depuis un an une série de situations, comme la perte d’un être cher, pour le moins délicate, voire rock’n‘roll, mais qui me connectent avec mes valeurs fondamentales.

Il m’apparaît de plus en plus clairement qu’une troisième voie existe : celle de l’action à petite échelle sur la vie quotidienne, c’est une évidence. Celle qui devra mener vers un moindre impact de mon empreinte écologique envers la société, et ce, malgré quelques paradoxes intéressants.

Une fois de plus j’opère donc certains changements, et parfois l‘énergie me manque cruellement pour me stabiliser dans un monde qui peut me paraitre d’une bêtise sans fin, je pose des pierres pour me placer contextuellement dans les traces de mes convictions intimes.

C’est donc décidé, je vais changer le contexte dans lequel j‘évolue afin de diminuer le stress et augmenter ma qualité de vie. Pour cela, il faudra faire ce que les gens appellent des concessions, ce qui me parait maintenant comme une évidence.

Vers l’infini et au-delà…

Notes / ressources

C’est avec beaucoup de retard que je finalise et publie ce texte.